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Tailler le romarin : quand, comment et jusqu'où

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Tailler le romarin : quand, comment et jusqu'où

Tailler le romarin se fait juste après sa floraison, de la fin de l’hiver au printemps selon le climat, une fois les fortes gelées passées. La coupe reste toujours dans les pousses encore garnies de feuilles : le bois gris et nu ne repart presque jamais. Une taille légère annuelle garde le pied dense, compact et fleuri.

La Société nationale d’horticulture de France (SNHF) décrit dans sa fiche un petit arbuste vivace, érigé ou rampant, capable d’atteindre deux mètres et presque sans entretien hormis des binages. La taille reste donc l’intervention majeure de l’année sur ce buisson.

Un arbuste qui ne repart pas du bois nu

Le romarin appartient aux Lamiacées, comme le thym et la sauge, et pousse spontanément dans les garrigues caillouteuses. Il se lignifie vite : la tige verte du printemps devient en quelques saisons une branche brune et écailleuse. Sur ce bois âgé, les bourgeons capables de redonner des pousses se raréfient, puis disparaissent.

Dans la revue Jardins de France, éditée par la SNHF, Noëlle Dorion et Augustin Bonnardot consacrent un article au recépage, cette coupe près du collet qui fait repartir tant d’arbustes de souche. Ils rangent le romarin parmi les exceptions, avec le buis, les cistes et les genêts.

Des fleurs portées par les rameaux de l’an passé

Le Jardin botanique du Missouri précise, dans sa base de données horticole, que les petites fleurs du romarin s’ouvrent le long des pousses formées l’année précédente. Couper ces rameaux en automne sacrifie donc une partie des fleurs du printemps suivant. Une coupe juste après la floraison laisse au contraire toute la belle saison au buisson pour fabriquer le bois qui fleurira ensuite. Selon le même jardin, une refloraison sporadique en été ou à l’automne suit parfois cette taille.

Quand tailler le romarin au jardin

La période se cale sur la fin de la floraison, jamais sur une date fixe. Là où la plante passe l’hiver dehors, le jardin du Missouri situe cette floraison entre janvier et avril. La SNHF évoque une floraison bleue printanière et une bonne résistance au froid dans presque toute la France, avec une protection conseillée au nord de Paris. Le calendrier glisse donc :

  • sur le littoral méditerranéen, la coupe intervient souvent dès la fin de l’hiver, quand les épis fanent ;
  • dans l’intérieur du pays, il vaut mieux attendre un printemps installé, sans gelées ;
  • au nord de Paris et en altitude, le sécateur patiente jusqu’au cœur du printemps ;
  • une haie ou une boule admet une reprise légère en fin d’été, assez tôt pour que les repousses s’endurcissent.

Les moments à éviter

L’automne avancé d’abord : les pousses déclenchées par la coupe arrivent tendres aux premiers froids et noircissent. La veille d’une vague de gel annoncée ensuite, même en avril. Le cœur d’un été caniculaire enfin, quand la plante ralentit et peine à repartir.

Le thym suit la même discipline : sa fiche à la SNHF exclut d’entamer les tiges de l’année précédente, car il ne repousse pas sur le vieux bois, et situe sa floraison de mai à juillet. Les deux plantes, piliers de la composition réelle des herbes de Provence, se taillent donc pareillement, à quelques semaines d’écart.

Rameau de romarin taillé net au-dessus de jeunes pousses vertes, près d’un sécateur aux lames propres

La taille d’entretien, geste par geste

Un sécateur affûté tranche net, une lame émoussée écrase la tige ; une cisaille à main convient à la haie. Des lames nettoyées à l’alcool ménager entre deux pieds limitent le passage des champignons.

La taille d’entretien suit ensuite un ordre simple :

  1. repérer sur chaque branche la frontière entre la partie feuillée et le bois gris ;
  2. raccourcir les rameaux défleuris juste au-dessus d’un départ de ramification ;
  3. supprimer à leur base les branches mortes, sèches jusqu’au cœur ;
  4. éclaircir le centre en retirant quelques tiges qui se croisent ;
  5. garder les brins sains pour la cuisine ou le bouturage.

Cet éclaircissage a une raison sanitaire : le jardin du Missouri signale la sensibilité du romarin à l’oïdium, ce champignon qui blanchit le feuillage, quand l’air circule mal par temps humide.

Jusqu’où couper sans risque

Chaque rameau taillé garde, sous la coupe, une portion de tige encore couverte de feuilles. Tant que cette réserve verte existe, des bourgeons s’éveillent sous l’entaille et le rameau se ramifie. Si la lame descend dans le bois gris dénudé, le moignon reste le plus souvent sec.

Sur un jeune pied vigoureux, la coupe peut retirer une bonne partie des pousses de l’année. Sur un sujet âgé, feuillé seulement aux extrémités, la marge fond : quelques centimètres par rameau. Une taille modeste chaque printemps vaut mieux qu’une coupe sévère de loin en loin.

Donner une forme : boule, haie ou coussin rampant

Sur un jeune plant, pincer l’extrémité des tiges au printemps oblige la plante à se ramifier près de la base : un romarin jamais pincé file en hauteur et se dégarnit plus tôt. Le jardin du Missouri rappelle que l’arbuste accepte d’être conduit en formes précises.

Boule et taille en nuage

La boule se forme à la cisaille, par passes légères après chaque floraison. La taille en nuage, héritée des jardins japonais, dégage quelques branches maîtresses d’un pied ancien pour ne garder à leur extrémité que des coussins de feuillage. Retirer une branche entière à son point d’attache ne pose aucun problème : seul un moignon laissé dans le vieux bois reste stérile.

Une haie de romarin

Pour une haie de romarin, les variétés à port dressé s’imposent ; le jardin du Missouri cite la haie basse parmi ses usages. La plantation se fait en ligne, en plein soleil, dans le terrain calcaire, pauvre et caillouteux que décrit la SNHF. Une coupe après la floraison égalise le dessus et les flancs, légèrement en biais pour que la lumière atteigne le bas, puis une reprise légère en fin d’été entretient la netteté.

Au bord d’un verger, cette haie rend service : la SNHF conseille le romarin près des fruitiers pour attirer les pollinisateurs. Dans Jardins de France, Sylvaine Simon et Tarek Dardouri, de l’unité expérimentale Inrae de Gotheron (Drôme), rapportent qu’aux relevés de 2019 et 2020, des pommiers associés à des romarins portaient moins de pucerons cendrés au printemps.

Haie basse de romarin dressé taillée en ligne régulière le long d’une allée de gravier clair

Le romarin rampant

Le romarin rampant, que la SNHF désigne sous le nom de R. prostratus, s’étale en coussin ou retombe d’un muret. Sa taille se limite à raccourcir après la floraison les tiges qui débordent, puis à retirer les rameaux secs au creux du coussin.

Rajeunir un vieux romarin dégarni

Le vieux pied typique a la base nue, le centre gris et des touffes vertes au bout de longues branches arquées. Tout rabattre pour repartir de zéro, réflexe valable sur bien des arbustes, aboutit ici presque toujours à une souche morte.

Rabattre le romarin, mais par étapes

Au premier printemps, après la floraison, couper à leur point d’attache les branches mortes et quelques vieilles branches parmi les plus dégarnies, puis raccourcir les autres dans leur partie feuillée. Les années suivantes, conserver les jeunes pousses qui apparaissent parfois sur le bas des branches restantes avant de retirer d’autres vieilles charpentières.

Quand le vieux bois ne réagit plus, mieux vaut renoncer à rabattre un romarin aussi âgé et accepter la limite de la plante. Le jardin du Missouri indique que le romarin se multiplie de préférence par bouturage : quelques boutures prélevées sur le vieux pied donnent un remplaçant identique.

Le romarin en pot, une taille plus douce

La SNHF le note : le romarin se cultive aussi en pot. La croissance y est plus lente, et une coupe des extrémités après la floraison, complétée par des cueillettes, garde la plante compacte. La fiche du thym cite d’ailleurs le romarin et la ciboulette comme compagnons possibles dans un même bac d’aromatiques de cuisine.

Le jardin du Missouri préfère les pots en terre cuite et conseille de laisser sécher la terre en surface entre deux arrosages, l’excès d’eau faisant pourrir les racines. Un sol détrempé en hiver est, selon lui, généralement fatal à la plante.

Pourquoi un romarin se dessèche après la coupe

Des branches qui sèchent une à une après une taille signalent presque toujours une coupe dans le bois nu. Un dessèchement général trahit plutôt des racines asphyxiées ou une coupe tardive saisie par le gel. Un pied hiverné à l’abri fleurit plus tard, de la fin du printemps à l’été selon le jardin du Missouri : sa taille se décale d’autant.

Jeunes boutures de romarin dressées dans des godets en terre cuite sur une tablette en bois

Récolter les brins, une taille qui ne dit pas son nom

Chaque cueillette équivaut à une petite taille. Les brins se prélèvent sur l’ensemble de la touffe plutôt qu’en dénudant une seule branche, toujours au-dessus d’un départ de ramification. Ceux de la coupe annuelle se sèchent sans difficulté, et les méthodes de séchage et de conservation du romarin prennent le relais.

La récolte reste possible en pleine floraison, les brins fleuris gardant leur parfum. La SNHF présente toutefois le romarin comme une plante mellifère : laisser fleurir l’essentiel du buisson concilie la cuisine et les abeilles.

Bouturer ce qui vient d’être coupé

La SNHF situe le bouturage du romarin au printemps ou à la fin de l’été, deux périodes qui coïncident avec les tailles de l’année. Les boutures de romarin se préparent de cette façon :

  • choisir des pousses saines de l’année, sans fleurs, un peu fermes à la base ;
  • couper sous un nœud et effeuiller la moitié inférieure de la tige ;
  • piquer les tiges en godet, dans un mélange léger de sable et de terreau ;
  • garder les godets à la lumière, hors soleil direct, le substrat à peine humide ;
  • attendre de nouvelles pousses au sommet, signe d’enracinement, avant de repiquer.

Cinq erreurs qui épuisent un pied

Rabattre un sujet âgé au ras du sol, tailler en automne, couper dans le gris pour rattraper une forme, laisser le centre se refermer, travailler avec une lame sale : ces cinq fautes reviennent derrière bien des romarins perdus. À la prochaine floraison, repérer sur chaque branche la limite entre le vert et le gris, puis garder le sécateur au-dessus : pour la taille du romarin, ce repère compte davantage que n’importe quel calendrier.